Le drone avant tout le monde - Romain Faroux
Un drone dans les champs, ça te dit quelque chose ? Romain Faroux, c'est le mec qui a vu le potentiel des drones pour l'agriculture bien avant tout le monde. Il a quitté le tracteur pour le joystick, et ça a tout changé.
Résumé en 30 secondes
- Romain Faroux, fils d'agriculteur du Poitou, a fondé Air Inov : du conseil azote sur blé et colza grâce à l'imagerie par drone.
- L'entreprise est passée de 3 000 hectares survolés vers 2011 à un pic de 250 000, avec un seuil de rentabilité visé à 400 000.
- Satellite gratuit, récolte 2016 catastrophique et désaccord avec l'actionnaire ont précipité la fermeture en 2020 ; Romain en tire des leçons d'humilité.
Dans l'épisode 52 du podcast Des Gens Des Tracteurs, Yoann Fond reçoit Romain Faroux, présenté comme un pionnier du drone agricole. Fils d'agriculteur du Poitou, il raconte comment il a fondé Air Inov, un service de conseil agronomique fondé sur l'imagerie par drone, de l'idée en 2009 jusqu'à la fermeture en 2020.
Du tracteur à la tech : un retour par le drone
Romain a grandi à Mauprévoir, un village de 600 âmes dans le sud Vienne, qu'il situe dans le « triangle des Bermudes du circuit court ». Sa petite sœur a repris la ferme familiale. Lui a quitté le tracteur à 20 ans, après des étés passés à dérouler des enrouleurs pour arroser du maïs, puis a vécu dix ans à Paris avant de revenir à l'agriculture par la tech.
Il le dit sans détour : il ne se voyait pas reprendre la ferme comme à l'époque de son grand-père. Pourtant, le goût d'entreprendre vient bien de la ferme : à 15 ans, il montait déjà avec ses parents une activité d'événementiel pour aider l'exploitation à survivre.
De l'avion de modélisme à Air Inov
Tout part de 2009 : un collègue lui montre des images de vol FPV, filmées depuis un avion de modélisme. De retour à la ferme, Romain pense aux allers-retours en quad pour surveiller l'arrivée des enrouleurs. Il lance Aerofarm, bricole seul, puis mesure ses limites techniques.
Un ami lui présente alors deux ingénieurs en robotique, Florent et Corentin. En deux jours, l'avion fait le tour de la ferme tout seul. Aerofarm laisse la place à Air Inov : des drones qui survolent les parcelles, des images analysées, des conseils de modulation d'azote sur blé et colza.
Rien n'était prêt à l'époque. Les premiers drones revenaient à 50 000 euros, et une centrale inertielle payée 5 000 euros en coûtait 50 deux ans plus tard. La DGAC, elle, s'est montrée très à l'écoute pour construire un cadre dérogatoire.
Tenir sans filet
Le financement est l'un des fils rouges les plus concrets de l'épisode : un prêt d'honneur de 20 000 euros chacun, un tour de table de 250 000 euros, un demi-smic pour les associés. Romain, lui, avait un enfant de deux ans et demi et continuait des missions d'événementiel le week-end. Il explique pourquoi il n'y avait selon lui pas de demi-tour possible.
Il raconte aussi son contrat avec l'INRA d'Avignon, qui a adapté un algorithme issu du satellite à leur capteur, et sa découverte d'un contrat de 50 pages.
Le terrain contre la théorie
Un drone peut couvrir 300 hectares en un vol, mais les parcelles du coin font 6, 8 ou 20 hectares. Avec François, un ami d'enfance qui travaille avec une coopérative, Romain trace sur Google Earth un itinéraire théorique de clients. Le test grandeur nature porte sur 3 000 hectares, autour de 100 euros par agriculteur, pour un coût de revient proche de 50 euros l'hectare, face à un satellite à 10 euros.
Ensuite, tout s'accélère : 20 000 hectares en 2013, puis l'arrivée de Parrot dans le paysage et 80 000 hectares en 2014. Le prix de cette croissance : passer par les coopératives, les chambres et les négoces, et faire avec eux une partie de leur travail pour les convaincre.
Quand le marché se retourne
Air Inov atteint un pic de 250 000 hectares, alors que son seuil de rentabilité se situe à 400 000. En 2017, tout se cumule : une récolte 2016 à 40 % de la collecte habituelle en blé, l'imagerie satellite qui devient gratuite, des drones vendus 5 000 euros aux agriculteurs et les difficultés de l'actionnaire. L'effectif passe de 49 à 19 salariés. Romain reste jusqu'à la fermeture définitive en 2020, par loyauté envers une centaine d'entrepreneurs agricoles qui lui avaient fait confiance.
Ce qu'il en retient
N'aimez pas trop votre produit.
Pour Romain, l'attachement à ce qu'on a bien construit peut empêcher de voir l'alternative, ici le satellite et les premiers algorithmes d'IA. Il insiste sur l'humilité, l'écoute et l'ouverture d'esprit.
Il a ensuite dirigé la Ferme Digitale en 2024 et 2025. Il y distingue l'innovation qui répond à un besoin de celle qui répond à une vision, et pose la question : qui paie la transition ? Aujourd'hui, il envisage du conseil et peut-être la reprise d'une entreprise.
À écouter si vous vous demandez...
- comment un projet de drone bricolé dans une grange devient une entreprise ;
- pourquoi un bon business plan doit d'abord passer l'épreuve du terrain ;
- ce qui peut faire basculer une start-up agricole après plusieurs années de croissance.
Un récit sans filtre sur l'audace, les erreurs et la loyauté : écoutez l'épisode complet pour entendre Romain Faroux raconter tout cela avec ses mots.
Les temps forts de l’épisode
- 01:17 : Le passage par le campus d'HEC et ses effets sur la réflexion
- 14:23 : Air Inov : un service de conseil agronomique, pas seulement des drones
- 25:46 : Les échanges avec la DGAC sur une réglementation drone
- 27:52 : Prêt d'honneur, demi-smic et tour de table pour tenir
- 40:00 : Des drones à 50 000 euros et des composants qui chutent de prix
- 1:09:13 : De 3 000 à 250 000 hectares, puis le plafond
- 1:38:53 : La grande leçon : n'aimez pas trop votre produit
1. Que faisait concrètement Air Inov ?
Air Inov était un service de conseil agronomique. Des drones volaient dans les parcelles des agriculteurs, les données étaient traitées, les images analysées, puis converties en recommandations sur la modulation de l'azote en blé et en colza. Romain précise que le drone n'était que le moyen d'acquisition des données : le cœur de l'offre restait le conseil.
2. Pourquoi Aerofarm est-il devenu Air Inov ?
Aerofarm, lancé en 2009, visait des outils d'observation aéroportés à la main de l'agriculteur. Romain s'est vite senti limité techniquement et n'aimait pas travailler seul. Avec deux ingénieurs en robotique, Florent et Corentin, le projet a changé de dimension en quelques semaines. Air Inov est né de la combinaison entre drone, électronique, automatique et compréhension du milieu agricole.
3. Comment l'équipe a-t-elle financé les premières années ?
Les associés ont obtenu un prêt d'honneur de 20 000 euros chacun, puis un tour de table de 250 000 euros auprès de proches et de quelques personnes plus fortunées. Ils se sont payé un demi-smic. Romain évoque aussi une subvention européenne de 50 000 euros trouvée par un associé et des revenus d'événementiel le week-end.
4. Pourquoi collaborer avec l'INRA d'Avignon ?
Il fallait convertir les signaux du capteur en information agronomique. L'équipe a payé l'INRA d'Avignon, spécialisé en télédétection, pour adapter un algorithme issu du satellite. Le satellite voit à la verticale sous un seul angle, alors que le capteur du drone offrait de nombreux angles sur les feuilles, donc un signal plus riche. Il fallait aussi voler sur des parcelles d'essai de coopératives voisines.
5. Qu'est-ce qui a conduit à la fermeture d'Air Inov ?
Romain cite plusieurs facteurs : un désaccord avec l'actionnaire et un besoin de financement complémentaire, une croissance qui s'infléchit, une récolte 2016 à 40 % de la collecte habituelle en blé et l'imagerie satellite devenue gratuite. L'effectif est passé de 49 à 19 salariés. Il a accompagné la fermeture définitive en 2020.