5 millions pour la formation des profs - Didier Carmien
Le matos agricole évolue à toute vitesse, mais la formation des profs, elle suit pas toujours. C'est un vrai problème pour la relève. Didier Carmien met le doigt dessus avec ces 5 millions pour moderniser l'enseignement. Comment ça va changer la donne sur le terrain ?
Résumé en 30 secondes
- Evofia, projet de plus de 5 millions d'euros issu de France 2030, vise à former techniquement les enseignants et formateurs en agroéquipements, outre-mer compris.
- Les stages de deux jours et demi, assurés par trois formateurs itinérants et des constructeurs partenaires, sont gratuits, déplacement et hébergement des enseignants compris.
- Le campus prépare déjà l'après-financement de cinq ans, cherche de nouveaux constructeurs partenaires et prépare un démonstrateur hydrogène avec un tracteur attendu fin 2026.
Dans cet épisode, Yoann Fond reçoit Didier Carmien, directeur opérationnel du campus des métiers et des qualifications d'excellence des agroéquipements. Il explique comment Evofia et Plapima veulent former les enseignants et formateurs qui gravitent autour de la maintenance des matériels agricoles, dans les lycées agricoles comme ailleurs.
Un campus pour faire dialoguer entreprises et éducation
Didier Carmien a été enseignant-formateur en agroéquipements, puis chef des travaux. Il dirige le campus à temps complet depuis 2021. Ce label de l'Éducation nationale est le seul campus d'excellence du domaine porté par un lycée agricole. L'équipe compte neuf personnes. Son logo comporte deux E : l'entreprise et le système éducatif.
Au quotidien, le campus fait de la promotion de la filière dans les salons et les collèges. Il donne aussi son avis quand une demande de formation apparaît sur un territoire. Il mène en plus des actions à l'international, notamment avec des partenaires universitaires en Roumanie.
D'un diagnostic France 2030 à deux gros projets
Tout part d'un diagnostic financé dans le cadre de France 2030, pour un peu plus de 195 000 euros. Un cabinet a mené l'étude pendant six mois auprès de concessionnaires, d'entrepreneurs, de chefs d'établissement et de prescripteurs. Elle a abouti à 29 préconisations, dont découlent aujourd'hui les projets du campus.
Les trois enseignements marquants
- L'attractivité du secteur, y compris face à la baisse démographique régionale.
- La formation des enseignants, confrontés à des tracteurs devenus bien plus complexes, avec RTK ou demi-tour automatique.
- Une vision à long terme pour faire évoluer titres et diplômes : colorations, CQP, mentions complémentaires, licence.
Evofia : convaincre, défendre, démarrer
Evofia, pour « évolution de l'offre de formation dans les agroéquipements », pèse un peu plus de 5 millions d'euros. Autour d'elle, dix partenaires de premier rang et quatorze de second rang, parmi lesquels des constructeurs qui ouvrent leurs centres de formation, donnent du temps et prêtent du matériel. Plapima, de son côté, tourne autour de 6 millions d'euros.
Le récit de la défense à Paris vaut l'écoute. Devant la haute commissaire aux compétences, Didier Carmien arrive avec ses agroéquipements, après un projet sur la mécanique quantique qui venait de négocier 70 millions. Il passe pourtant « haut la main ». Puis viennent la lettre du Premier ministre, l'accord de consortium et un premier versement de 1,35 million d'euros qui surprend jusqu'à l'agent comptable.
À un moment donné, il faut oser.
Comment un enseignant se forme, concrètement
C'est le cœur de l'échange : Yoann Fond pose les questions d'un prof qui veut se former. Les stages durent deux jours et demi et existent en niveau 1 et niveau 2. L'objectif est qu'un établissement partenaire se trouve à moins de 200 km. Trois formateurs itinérants animent les sessions, avec un référent sur place. Les constructeurs fournissent parfois les tracteurs ou les machines.
- Consulter les stages proposés sur la plateforme Plapima.
- Se préinscrire, puis valider avec sa hiérarchie, inspecteurs ou direction d'établissement.
- Renvoyer le formulaire : le campus gère ensuite la convocation et la logistique.
La formation est gratuite, et le campus prend en charge déplacement et hébergement. Les stages sont annoncés six mois à l'avance pour laisser les équipes pédagogiques s'organiser.
Des débuts rapides, des difficultés bien réelles
Les formateurs itinérants ont commencé leurs actions de formation en septembre 2025. Environ un an plus tard, plus de 150 personnes ont déjà été formées. Le projet n'a pourtant rien d'une promenade. Entre 150 et 170 établissements sont concernés, et beaucoup n'ont pas vu les premiers mails. Didier Carmien a donc rappelé plus d'une quarantaine d'entre eux en un mois. S'y ajoute la lourdeur protocolaire entre ministère de l'Agriculture et Éducation nationale.
Plapima propose aussi des ressources : cours, contenus de TP, réalité virtuelle ou augmentée, livres augmentés avec QR code. Des laboratoires universitaires y participent, notamment sur la captation du geste.
Et après les cinq ans ?
La question de Yoann Fond est directe : que se passe-t-il quand l'argent s'arrête ? Didier Carmien parle de projets d'amorçage et d'un dialogue déjà ouvert avec les ministères et les partenaires. Il évoque plusieurs pistes de financement : ministère, entreprises ou fondation. Il s'inspire d'un modèle existant dans l'automobile.
L'épisode se termine sur un autre chantier, un projet autour de l'hydrogène avec un tracteur attendu d'ici la fin 2026, puis sur les moyens de rejoindre la démarche.
Pour entendre les détails, les anecdotes et les coulisses de ce projet, écoutez l'épisode complet.
Les temps forts de l’épisode
- 01:35 : Didier Carmien présente le campus des agroéquipements
- 07:16 : France 2030 et diagnostic : d'où viennent Evofia et Plapima
- 13:51 : Les trois grands enseignements du diagnostic
- 25:00 : La défense du projet à Paris
- 40:39 : Comment s'inscrire à un stage sur Plapima
- 50:31 : Les difficultés : communication et lourdeurs administratives
- 58:25 : Que devient le projet après les cinq ans de financement ?
1. Qu'est-ce que le campus des métiers et des qualifications des agroéquipements ?
C'est un label délivré par l'Éducation nationale. Selon Didier Carmien, ce campus est le seul campus d'excellence du domaine porté par un lycée agricole. Son équipe compte neuf personnes. Elle agit sur l'attractivité, la formation, la carte des formations et l'international. Elle fait aussi collaborer le monde de l'entreprise et le système éducatif, d'où les deux E de son logo.
2. Que contenait le diagnostic réalisé avant les projets Evofia et Plapima ?
Financé dans le cadre de France 2030 pour un peu plus de 195 000 euros, le diagnostic a duré six mois. Il a interrogé concessionnaires, entrepreneurs, chefs d'établissement et prescripteurs. Il a produit 29 préconisations, dont les projets du campus découlent. Trois ressortent : agir sur l'attractivité, former les enseignants face aux évolutions techniques, et faire évoluer les titres et diplômes à long terme.
3. À quoi sert le projet Evofia et qui y participe ?
Evofia signifie évolution de l'offre de formation dans les agroéquipements. Il représente un peu plus de 5 millions d'euros et réunit dix partenaires de premier rang et quatorze de second rang. Les constructeurs ouvrent leurs centres de formation, donnent du temps et prêtent du matériel. L'objectif cité est de former techniquement tous les enseignants formateurs du domaine, y compris outre-mer.
4. Comment un enseignant peut-il s'inscrire à un stage et que doit-il payer ?
Il consulte les stages sur la plateforme Plapima, avec lieu, date, thème et objectifs pédagogiques. Il se préinscrit, valide avec sa hiérarchie, puis renvoie le formulaire. Le campus gère ensuite la convocation et la logistique. Didier Carmien indique que la formation est gratuite, et que déplacement et hébergement sont pris en charge, grâce au financement du projet.
5. Quelles difficultés le projet rencontre-t-il aujourd'hui ?
Didier Carmien cite d'abord la communication institutionnelle. Entre 150 et 170 établissements sont concernés, et beaucoup n'ont pas eu l'information : il a donc rappelé plus d'une quarantaine d'entre eux en un mois. Il pointe aussi l'harmonisation des inscriptions entre les plateformes des deux ministères, et la validation par les inspecteurs ou les directions, qui oblige à beaucoup expliquer.