Pierre Gauyacq la technologie dans la peau
Dans cet épisode du podcast Des Gens Des Tracteurs, je reçois Pierre Gauyacq, entrepreneur passionné et fort de 20 ans d’expérience en concession agricole.
Résumé en 30 secondes
- Pierre Gauyacq a passé 20 ans chez Ravillon, de démonstrateur en 2004 à responsable agriculture et viticulture de précision.
- Ravillon a monté un réseau RTK ouvert à toutes les marques de tracteurs, avec un droit d'entrée de 2 500 euros à vie.
- Aujourd'hui, il développe MyVT Planning, une plateforme connectée pour vignerons : suivi des travaux, coupure de tronçon, sécurité pour les riverains.
Dans cet épisode, Yoann Fond reçoit Pierre Gauyacq, qui a passé 20 ans aux établissements Ravillon, dans la Marne. Il y a été démonstrateur, puis responsable agriculture et viticulture de précision. Il a quitté la concession pour développer MyVT Planning, un outil de suivi pour la viticulture. Cet entrepreneur raconte comment on passe d'un tracteur sans autoradio à des machines qui se pilotent seules.
Le métier de démonstrateur, plus technique qu'on ne le pense
Pierre Gauyacq a débuté en 2004 comme préparateur démonstrateur. Pour lui, une bonne démonstration repose sur la préparation : pression des pneus, report de charge, masses, réglages. Sa priorité reste la qualité de travail, même quand son tracteur n'est pas le meilleur dans la situation.
Il revient aussi sur ses débuts : un père agriculteur, un tracteur conduit dès l'enfance, des Massey Ferguson sans cabine. Ce vécu nourrit sa façon de parler aux clients.
Je me suis toujours plutôt défini comme un accompagnateur plutôt qu'un commercial.
Autoguidage : quand tout venait des États-Unis
Vers 2007-2008, les premières barres de guidage et les premiers kits autopilot arrivaient par commande directe auprès d'agriculteurs américains. Les équipes les installaient sur des Magnum, des CVX ou des premiers Puma, avec une documentation en anglais et peu d'assistance.
Pierre Gauyacq explique ce que le GPS change concrètement. En Champagne crayeuse, on rappuie fortement les sols : un porte-outils de 4 m se décale de 2 m à chaque passage. À l'œil, c'est fatigant et imprécis.
Un réseau RTK pour tous les agriculteurs
Ravillon a voulu créer son propre réseau RTK, utilisable quelle que soit la marque du tracteur. Les coopératives n'ont pas suivi, alors l'entreprise a acheté ses propres balises. Le droit d'entrée était de 2 500 euros à vie, avec un abonnement de 285 euros pour cinq équipements.
Un réseau commun avec un autre concessionnaire de l'Aube a ensuite simplifié la vie des clients qui travaillent des deux côtés. Autour de cet autoguidage, Ravillon a monté une équipe dédiée : chef d'atelier, techniciens, volet commercial. Il a aussi dû gérer les vols d'antennes, environ un par mois.
Deux anecdotes à ne pas manquer
La première date de 2005. Un premier boîtier de guidage commandé aux États-Unis refuse de fonctionner. Le contrôleur de dévers avait été posé sur l'aile pour être discret, alors qu'il doit être orienté dans le sens d'avancement. Résultat : trois jours de recherche, un tracteur qui roulait à 1,50 m de sa trace et une réponse venue d'un agriculteur américain sur un forum.
La seconde est sa plus belle démo. Une côte difficile, une benne de 24 tonnes, une cliente au volant, une remontée en marche arrière. Les trois tracteurs ont été commandés avant 21 h.
MyVT Planning : le « Strava » des vignerons
La seconde partie du podcast change de terrain. En Champagne, le parcellaire est très morcelé, et des viticulteurs réclamaient depuis longtemps des outils adaptés. Avec un ingénieur issu de CNH, Pierre Gauyacq a d'abord adapté un DPA avec coupure de tronçon, puis une plateforme qui regroupe les travaux de toutes les marques de tracteurs.
- Un modem remonte la position du tracteur toutes les quatre secondes.
- Un DPA maison gère jusqu'à 12 électrovannes, avec 10 à 15 % d'économie annoncée.
- Un double arpentage empêche la pulvérisation à moins de 10 m d'une habitation.
- Les délais de rentrée sont envoyés par mail depuis la cabine.
L'idée directrice : partir du terrain et des utilisateurs, pas d'un bureau. Il détaille aussi ce qui distingue son outil de simples boîtiers traceurs, l'intégration à la machine et la précision en vigne étroite.
Capteurs de rendement et intelligence artificielle
Il présente un capteur de rendement monté sur des machines à betteraves, pommes de terre, tomates et olives. L'écart annoncé est de 2 à 3 % quand le produit est propre. Il évoque aussi son projet d'IA : que chaque viticulteur garde le contrôle de son propre modèle d'images et ne dépende pas d'un modèle validé par quelqu'un qui ne connaît pas la vigne.
Ce qui reste après l'écoute
Au fil de la conversation, on entend un plaidoyer pour un métier technologique et humain, la difficulté de recruter en concession et le rôle du chef d'atelier, qu'il aimerait voir invité dans un prochain épisode. Pierre Gauyacq y parle aussi des formations, des manuels que presque personne ne lit et de la place des tutos vidéo.
Pour entendre l'intégralité de ce parcours, de la concession aux vignes connectées, écoutez l'épisode complet de Des Gens Des Tracteurs.
Les temps forts de l’épisode
- 01:48 : Les débuts de Pierre comme démonstrateur en 2004
- 23:42 : Naissance du réseau RTK de Ravillon
- 46:24 : Trois jours perdus sur un premier guidage américain
- 48:50 : La plus belle démo : trois tracteurs vendus
- 52:17 : Pourquoi MyVT Planning existe
- 1:12:04 : Double arpentage et sécurité pour les riverains
- 1:29:22 : Viticulture 5.0 et intelligence artificielle
1. Quel a été le parcours de Pierre Gauyacq chez Ravillon ?
Il a passé 20 ans chez Ravillon, dans la Marne. Il a commencé en 2004 comme préparateur démonstrateur. Pendant les quinze dernières années, il a été responsable agriculture et viticulture de précision : autoguidage, conseil aux agriculteurs, suivi des investissements. Les trois dernières années, l'entreprise s'est aussi intéressée à la robotique. Il a ensuite quitté la concession pour développer MyVT Planning.
2. Comment a été construit le réseau RTK de Ravillon ?
Dès 2007, l'entreprise a voulu un réseau ouvert à toutes les marques de tracteurs. Les coopératives n'ont pas suivi, donc Ravillon a acheté ses propres balises. Le droit d'entrée était de 2 500 euros à vie, avec accès à 30 balises et un abonnement de 285 euros pour cinq équipements. Un réseau commun avec un concessionnaire de l'Aube a ensuite facilité les déplacements des clients.
3. Pourquoi le métier de démonstrateur est-il plus technique qu'il n'y paraît ?
Il faut connaître le matériel par cœur et le préparer : pression des pneus, report de charge, masses, réglages. Il faut aussi savoir labourer, déchaumer ou conduire une moissonneuse. Pierre Gauyacq insiste sur la qualité de travail avant tout. Le démonstrateur doit mettre le client à l'aise et trouver vite le tracteur adapté à son terrain.
4. Qu'est-ce que MyVT Planning et à quoi sert-il aux vignerons ?
C'est une plateforme connectée de suivi des travaux, pensée pour les vignerons. Un modem remonte les données du tracteur toutes les quatre secondes, et un outil reconnu par Bluetooth permet de savoir quel travail a été fait. Elle gère aussi les délais de rentrée par mail, la traçabilité, la consommation et la largeur de rang de chaque parcelle. L'accès à la plateforme est gratuit.
5. Que prévoit l'outil pour la sécurité autour des habitations ?
MyVT Planning réalise un double arpentage de la vigne : le contour de la parcelle, puis un second tracé à 10 mètres de la maison. Si le tracteur entre dans cette zone, la pulvérisation ne peut pas démarrer. Pierre Gauyacq y voit une protection pour les riverains, mais aussi pour le chauffeur et le prestataire, notamment en cas de fatigue ou d'erreur.