Épisode · 6 décembre 2024

Sébastien et Nicolas - être agriculteur c'est être entrepreneur

31 - Sébastien et Nicolas - être agriculteur c'est être entrepreneur Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Résumé en 30 secondes

  • Sébastien et Nicolas, associés du Tonnerrois, ont créé une Cuma en 2021 pour réduire leurs coûts de mécanisation et mutualiser leurs expériences.
  • Avec la Cuma, leur coût d'implantation passe de 145 euros par hectare à environ 65 euros, grâce au semis direct partagé.
  • Pour eux, le tracteur n'est qu'un moyen : ils attendent des concessionnaires des délais clairs, de la réactivité et une vraie compétence agronomique.

Dans cet épisode 31 de Des Gens Des Tracteurs, Yoann Fond reçoit pour la première fois des agriculteurs qui utilisent des machines agricoles : Sébastien et Nicolas, associés installés sur le plateau de Bourgogne, dans le Tonnerrois, à mi-chemin entre Paris et Dijon. Leur fil rouge : être agriculteur, c'est être entrepreneur.

Deux exploitations, une Cuma comme colonne vertébrale

Sébastien et Nicolas gèrent chacun leur structure, mais se retrouvent en Cuma, créée en 2021. Leurs exploitations, autrefois en polyculture-élevage, sont devenues céréalières après la disparition du lait dans les années 80.

Sols superficiels, fins de printemps très secs, récoltes qui peuvent basculer en une semaine : le changement climatique, la volatilité des prix des céréales et celle des intrants les ont poussés à travailler de plus en plus en commun.

La multiplication de semences, expliquée simplement

Yoann demande toujours des définitions pour ceux qui n'y connaissent rien. Nicolas détaille donc la multiplication de semences : un contrat avec un semencier, un technicien qui suit les parcelles, des contraintes d'isolement entre cultures et un stockage soigné.

Exemple concret avec la luzerne, exploitée trois ans : il faut au moins 50 mètres de distance avec les luzernes des voisins. Il faut aussi nettoyer la moissonneuse à la perfection, car une seule graine étrangère peut poser problème.

La contrepartie ? Le prix est connu dès la signature du contrat. Ces légumineuses ne demandent pas d'engrais azoté, allongent les rotations et étalent les pointes de travail.

Le matériel, un moyen et non une finalité

C'est l'un des passages les plus parlants. Un tracteur de 240 chevaux serait passé d'environ 130 000 euros en 2014 à environ 250 000 euros aujourd'hui, alors que l'excédent brut d'exploitation de leurs entreprises ne bouge pas. Leurs réponses : en acheter moins, réduire les heures, acheter d'occasion et faire durer.

Il est nécessaire, mais ce n'est pas une finalité : ce n'est qu'un moyen.

Une étude de coûts menée avec un conseiller de la chambre d'agriculture leur a donné des repères : environ 145 à 150 euros par hectare de mécanisation, et un matériel vieillissant qui les exposait à des investissements forcés. Avec le semis direct en Cuma, ils annoncent environ 65 euros par hectare, tracteur et main-d'œuvre compris.

Faire tourner une Cuma sans tensions

Pourquoi tant de Cuma échouent-elles ? Sébastien et Nicolas répondent par des pratiques très concrètes :

  • un rétro-planning posé deux semaines avant le chantier ;
  • une logistique pensée pour que le semoir ne s'arrête jamais, avec conteneurs et bennes élévatrices ;
  • de la souplesse, y compris pour dépanner l'autre à 30 km ;
  • une confiance qui se construit étape par étape.

Ils expliquent aussi pourquoi ils n'ont pas acheté leur moissonneuse-batteuse en Cuma : la météo peut créer un conflit si l'outil est ailleurs au mauvais moment.

SAV, concessions et attentes d'agriculteurs

Une panne de pulvérisateur qui tourne mal

L'un des deux raconte une panne de pulvérisateur en pleine période de traitement. Une pièce commandée trop tard, 100 hectares de blé menacés, un week-end à organiser : l'histoire montre comment un défaut de procédure en concession a des conséquences directes sur la ferme. Sa suggestion : des astreintes de week-end pendant la saison des pulvérisateurs.

Ce qu'ils attendent d'un concessionnaire

Proximité, compétence, disponibilité et, surtout, des délais clairs pour pouvoir s'organiser. Ils évoquent aussi les hotlines payantes, la perte de confiance après une panne mal gérée et leur idée d'une « mutuelle des chevaux » modernisée pour se dépanner entre voisins.

Ils reprochent par ailleurs à certaines approches commerciales de les traiter en fans de tuning plutôt qu'en chefs d'entreprise avec un cahier des charges.

Facebook, WhatsApp, IA et robots

Pour une question de réglage ou un code panne, leurs premiers réflexes sont les copains, WhatsApp et les groupes Facebook. L'échange avec Yoann s'ouvre ensuite sur les QR codes et tutoriels vidéo, l'intelligence artificielle, la pulvérisation avec caméras, le prix du matériel et l'attente de robots de désherbage.

Une conclusion sur la double compétence

Sébastien conclut sur un message aux jeunes passionnés de machinisme : la machine est un moyen, et il faudra apporter une valeur agronomique en plus de la conduite. Ce regard d'entrepreneur donne tout son sens au titre de l'épisode.

Si vous voulez comprendre comment deux agriculteurs raisonnent leurs investissements, leur organisation et leurs rapports avec le monde du matériel agricole, écoutez l'épisode complet.

Les temps forts de l’épisode

  1. 03:35 : La multiplication de semences expliquée
  2. 13:11 : Ce qu'est une Cuma et ce qu'elle apporte
  3. 25:10 : Le prix des tracteurs face à un revenu stable
  4. 29:40 : 145 euros contre 65 euros par hectare
  5. 32:11 : Casser l'image du tracteur
  6. 47:59 : Une panne de pulvérisateur et un SAV sous tension
  7. 1:31:45 : Robotique et double compétence des jeunes

1. Qui sont Sébastien et Nicolas et où travaillent-ils ?

Sébastien et Nicolas sont des agriculteurs associés du plateau de Bourgogne, dans le Tonnerrois, à mi-chemin entre Paris et Dijon. Chacun a sa propre entité et ils se retrouvent en Cuma. Leurs exploitations, issues de la polyculture-élevage, sont devenues céréalières après la disparition du lait dans les années 80.

2. Qu'est-ce que la multiplication de semences ?

C'est un contrat avec un semencier, qui vend la semence de base, suit la culture avec un technicien et récupère la récolte. Nicolas cite des contraintes comme l'isolement des parcelles, par exemple 50 mètres minimum pour la luzerne, le nettoyage parfait de la moissonneuse, un stockage propre et le tri des graines.

3. Pourquoi cette activité intéresse-t-elle les deux agriculteurs ?

Le prix est fixé à la signature du contrat, ce qui protège de la volatilité du marché. Ces légumineuses n'ont pas besoin d'engrais azoté, allongent les rotations, aident à gérer le salissement et étalent les semis. Elles ne rapportent pas forcément beaucoup, mais elles réduisent des risques et lissent la charge de travail.

4. Comment la Cuma leur permet-elle de réduire leurs coûts ?

Après une étude de coûts avec un conseiller de la chambre d'agriculture, ils évaluent leur mécanisation à environ 145 à 150 euros par hectare. Avec le semoir de semis direct acheté en Cuma, tracteur et main-d'œuvre compris, ils arrivent à environ 65 euros. Le matériel est saturé d'usage et renouvelé après cinq à sept ans.

5. Que reprochent-ils au fonctionnement du SAV et des concessions ?

Ils racontent une panne de pulvérisateur aggravée par l'oubli d'une commande de pièce, avec 100 hectares de blé en jeu. Ils attendent proximité, compétence, disponibilité et délais clairs. Ils regrettent aussi le manque de tracteurs de prêt et jugent qu'une grosse panne mal gérée fait perdre la confiance du client.

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