Simon Moinard, le c'est pas sorcier de la nouvelle technologie agricole
Simon c'est un peu le c'est pas sorcier de la nouvelle technologie agricole Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.
Résumé en 30 secondes
- Simon Moinard enseigne à l'Institut Agro Montpellier et conçoit des capteurs low tech, coûtant environ vingt euros, à partir de besoins réels d'agriculteurs.
- Un camion autonome en énergie, équipé de panneaux photovoltaïques, va dans les champs pour montrer concrètement comment fonctionne un capteur et dédramatiser le numérique.
- La spécialisation Agrotique forme 30 étudiants par an en mode projet, avec alternance, et s'appuie sur des chaires d'entreprises pour faire avancer le numérique agricole.
Dans cet épisode, Yoann Fond reçoit Simon Moinard, ingénieur pédagogique à l'Institut Agro Montpellier. Il enseigne les capteurs dans la spécialisation Agrotique et a imaginé, avec son équipe, un camion pour aller expliquer le numérique aux agriculteurs, là où ils travaillent.
Le low tech numérique : bidouiller plutôt que subir
Le point de départ est simple : un capteur vendu dans le commerce reste une boîte noire. Simon Moinard défend une approche low tech : de petits systèmes que l'on peut construire, réparer et adapter soi-même. Ses cours ne sont pas des exposés de trois heures : les étudiants partent du besoin d'un agriculteur et développent la solution.
« un agriculteur c'est un bricoleur c'est un bidouilleur »
Pour lui, c'est un atout. Les agriculteurs ont un atelier, savent souder et réparer. Pourquoi le numérique échapperait-il à cette culture du bricolage ?
Une cuve qui fuit, un capteur ultrason
L'exemple est parlant. Un viticulteur a perdu une cuve de 80 hectolitres, soit 8000 litres, à cause d'un joint mal serré pendant les vendanges. Il estime avoir jeté 10 % de son chiffre d'affaires. En voyant le capteur ultrason des radars de recul, il a demandé s'il pouvait mesurer la distance au vin et recevoir une alerte.
Les étudiants ont développé ce système, puis l'agriculteur l'a testé et amélioré, version après version. Il coûte une vingtaine d'euros. La contrepartie : l'utilisateur doit acquérir un minimum de compétences. Des tutoriels existent pour construire et réparer ces capteurs soi-même.
Un camion pour aller vers les agriculteurs
Le constat est vite tombé : les agriculteurs ne viennent pas dans un fab lab en plein cœur de Montpellier. Une desserte d'atelier remplie de capteurs a d'abord servi de démonstration. Depuis fin novembre, elle a laissé place à un camion utilitaire dont le flanc s'ouvre. Il embarque quatre panneaux photovoltaïques et son propre réseau internet, et peut donc s'installer dans un champ isolé.
L'épisode révèle aussi une histoire savoureuse : un livre de 1928 racontait déjà un camion mobile, avec cuisine électrique et pompe d'irrigation, pour faire connaître l'électricité aux agriculteurs. Les méfiances d'hier ressemblent étonnamment à celles d'aujourd'hui.
Agrotique : former des ingénieurs qui font le lien
Simon Moinard décrit une spécialisation d'un an, avec six mois de formation et six mois de stage ou d'alternance. Elle accueille 30 étudiants par an, dont 15 à 20 alternants, avec une pédagogie par projet et un calendrier à la carte. L'idée n'est pas de former des informaticiens, mais des ingénieurs agronomes capables de dialoguer avec les équipes techniques.
Les étudiants passent beaucoup de temps sur le terrain, au contact des agriculteurs. Un profil qui, de l'aveu de Yoann, manque cruellement dans certains bureaux d'études.
Chaires, mécénat et interopérabilité
L'équipe porte aussi des projets mécénaux, dont la chaire Agrotique et le Mas numérique. Le premier réunit des entreprises autour de questions communes et diffuse études et séminaires. Le second teste en conditions réelles, sur un domaine viticole, des outils de différents fournisseurs. Premier retour d'une réunion : un agriculteur devait cartographier ses parcelles cinq fois, faute d'interopérabilité.
Ni push techno, ni rejet du numérique
Simon Moinard plaide pour un juste milieu : partir du besoin, jamais de la technologie. Il cite un doigt imprimé en 3D qui appuie sur le bouton d'une pompe d'irrigation quand on envoie un SMS, et fait gagner une heure par jour à son père. Il évoque aussi un système de contrôle de pulvérisateur adopté dès le lendemain par un tractoriste.
Tout cela pose une question de fond : comment faire exister un modèle économique quand le besoin est réel mais secondaire ? L'échange est franc, concret et souvent drôle.
Vous voulez comprendre comment le numérique peut devenir un outil de bricoleur plutôt qu'une source d'inquiétude ? Écoutez l'épisode complet pour entendre Simon Moinard raconter ses projets, ses essais ratés et sa vision du métier.
Les temps forts de l’épisode
- 10:58 : Du fab lab à l'armoire de démonstration pour les agriculteurs
- 12:47 : La cuve de 80 hectolitres et l'idée du capteur d'alerte
- 19:04 : Le camion autonome pour démystifier le numérique
- 22:11 : Le livre de 1928 sur l'électricité et son camion
- 51:30 : Mas numérique : cinq cartographies parce que rien ne communique
- 1:06:41 : Le doigt imprimé en 3D qui fait gagner une heure par jour
- 1:22:17 : L'invité que Simon Moinard souhaite voir interviewé
1. Que fait Simon Moinard à l'Institut Agro Montpellier ?
Il est ingénieur pédagogique de la spécialisation Agrotique, ce qui l'amène à gérer la pédagogie, les calendriers et les salles. Il donne aussi des cours sur les capteurs et les réseaux de capteurs, avec une approche low tech. L'équipe est rattachée à une unité mixte de recherche avec INRAE et publie sur les nouvelles technologies agricoles.
2. Pourquoi un capteur de cuve est-il au cœur de l'épisode ?
Un viticulteur a dû jeter une cuve de 80 hectolitres, soit 8000 litres, après une fuite due à un joint mal serré pendant les vendanges. Il estime avoir perdu 10 % de son chiffre d'affaires. Il a demandé un capteur ultrason qui mesure la distance au vin et envoie une alerte. Les étudiants l'ont développé.
3. À quoi sert le camion présenté par Simon Moinard ?
Il sert à montrer concrètement aux agriculteurs comment fonctionne le numérique, y compris depuis un champ isolé. C'est un camion utilitaire au flanc ouvrant, avec quatre panneaux photovoltaïques et un petit réseau internet. Il remplace depuis fin novembre la desserte d'atelier. L'objectif est de démystifier les capteurs et de recueillir des besoins.
4. Comment fonctionne la formation Agrotique ?
C'est la spécialisation de dernière année : six mois de formation, puis six mois de stage ou d'alternance. Elle compte 30 étudiants par an, dont 15 à 20 alternants. Après un tronc commun, chacun choisit des modules de deux semaines à la carte. La pédagogie repose sur des projets, avec beaucoup de terrain auprès des agriculteurs.
5. Quel est le rôle de la chaire Agrotique et du Mas numérique ?
La chaire Agrotique est un projet de mécénat qui réunit des entreprises autour de questions communes sur le numérique agricole, avec études, séminaires et observatoire des usages, diffusés largement. Le Mas numérique teste en production viticole des outils de plusieurs entreprises. Il a notamment mis en évidence le manque d'interopérabilité : des parcelles à cartographier cinq fois.