Laurent crée des e-learnings pour l'agriculture
25 - Laurent crée des e-learnings pour l'agriculture Laurent Berizzi c'est le fondateur d'AgriLearn ! Épisode passionnant notamment pour les fans de formation en ligne.
Résumé en 30 secondes
- Laurent Berrizzi a fondé AgriLearn en 2016 : des vidéos pédagogiques et des formations à distance pour tout le monde agricole.
- Un bon e-learning repose sur des objectifs précis, des vidéos courtes autour de cinq minutes et un accompagnement humain, pas seulement sur la technique.
- AgriLearn s'est financée sans levée de fonds, avec des associés de confiance, la banque et un catalogue de 3500 vidéos.
Dans cet épisode de Des Gens Des Tracteurs, Yoann Fond reçoit Laurent Berrizzi, fondateur d'AgriLearn. Le sujet : comment créer des formations en ligne pour l'agriculture, et surtout comment faire pour que les gens les suivent vraiment. Yoann a lui-même développé des e-learnings avec ses équipes. Ses questions viennent donc du terrain.
D'une formation en élevage à l'ingénierie pédagogique
Laurent a un bac+3 en élevage. Il a pourtant passé près de quinze ans dans des organisations agricoles de type chambre d'agriculture, à l'animation et à l'ingénierie pédagogique. Il y est arrivé « par hasard quasiment », puis il s'est formé en lisant, en suivant des formations et en testant tout ce qu'il apprenait.
Il donne une définition très concrète de l'ingénierie pédagogique. Dire que quelqu'un saura « conduire un tracteur », ce n'est pas un objectif assez précis. Dire qu'il saura faire tel réglage sur tel matériel, c'est déjà mieux. Sans cette précision, le contenu ne peut pas être assez spécifique.
Tester l'idée avant de se lancer
En 2014, Laurent quitte le salariat et se met à son compte. Il continue la formation en présentiel et teste son idée en parallèle. Deux questions se posent. Peut-on mettre en vidéo des sujets qui ne sont pas visuels ? Et les agriculteurs accepteront-ils de se former en ligne ?
Pour la première, il choisit volontairement le sujet le moins visuel : les relations humaines. Il propose à un formateur de tourner avec lui devant un drap vert, dans un grenier. Le test est concluant. Un réseau de magasins de producteurs accepte ensuite un format mixte : la théorie en vidéo, la pratique en salle.
« c'est l'humain qui va permettre d'optimiser le e-learning »
Garder l'humain à l'écran
Le choix du fond vert répond à un enjeu central pour Laurent : l'attention. Filmer l'expert, puis l'incruster dans son diaporama, permet de conserver le non-verbal. Les vidéos sont ensuite découpées en séquences courtes, le plus souvent autour de cinq minutes. Chacun avance à son rythme : pause, notes, revisionnage ou lecture accélérée.
Laurent explique aussi comment il bâtit un plan détaillé avec chaque expert. Une journée de formation devient une série de petites vidéos, à la manière d'un menu en plusieurs plats plutôt que d'une seule assiette.
Un modèle construit pas à pas
Une levée de fonds se présente, avec même l'idée d'une rencontre avec M6. Laurent la refuse et se demande encore s'il a eu raison. AgriLearn avance avec des amis, des fonds propres et la banque, à coups d'embauches successives. Il s'entoure de personnes qu'il connaît déjà et qui sont meilleures que lui dans leur domaine.
Aujourd'hui, la société compte sept associés, dont trois à temps plein. Elle propose 65 formations et 3500 vidéos, et vise quatre publics :
- les agriculteurs et les salariés agricoles ;
- les enseignants et les formateurs ;
- les conseillers techniques et de gestion ;
- les porteurs de projets.
Ce qui fait vraiment fonctionner le e-learning
Le cœur de l'échange tient en trois idées. D'abord, l'objectif de la formation doit être clair pour celui qui la suit. Ensuite, un suivi humain est indispensable : relances, aide à la connexion, réponses aux questions. Enfin, comprendre ne suffit pas, il faut mettre en pratique, d'où l'importance des temps en direct avec un expert.
Laurent évoque aussi la correction d'erreur, un moteur de l'apprentissage selon lui. Il explique comment il y répond avec des synthèses, des livres pour certaines formations, et des modules d'entraînement qu'il aimerait développer. Il cite le Projet Voltaire et la Khan Academy comme références.
LMS, tarifs, IA : les coulisses
L'épisode éclaire aussi ce que l'on voit rarement :
- pourquoi AgriLearn a développé son propre LMS ;
- les critères pour en choisir un : sécurité, sauvegarde, profils d'utilisateurs, et pas le prix bas ;
- des tarifs de formation encadrés par les fonds de formation ;
- la mise à jour des vidéos de réglementation chaque début d'année ;
- ce que l'IA apporte, et ses limites sur les termes techniques.
Laurent partage aussi des chiffres, comme le nombre de centres abonnés et son chiffre d'affaires. Il termine sur ses projets : de nouveaux outils numériques et un accompagnement qui aide les agriculteurs à passer de la théorie à la pratique.
Pour entendre toute la discussion, et les anecdotes de tournage, écoutez l'épisode complet.
Les temps forts de l’épisode
- 02:57 : L'ingénierie pédagogique expliquée simplement
- 07:42 : Ce qu'est AgriLearn et d'où vient l'idée
- 19:34 : Pourquoi filmer sur fond vert pour garder l'humain
- 26:32 : Levée de fonds refusée et croissance à son rythme
- 36:57 : Les quatre publics visés par AgriLearn
- 1:00:46 : Le suivi humain, clé du e-learning à distance
- 1:21:17 : Livres, correction d'erreur et modules d'entraînement
1. Qu'est-ce que l'ingénierie pédagogique selon Laurent ?
Pour Laurent, c'est clarifier pourquoi on forme, quel objectif on vise, à quel public on s'adresse et avec quel niveau de vulgarisation. Il faut aussi tenir compte du temps imparti. Il insiste sur la précision : « conduire un tracteur » est trop vague, alors qu'un réglage précis sur un matériel précis est exploitable. Sans cela, le contenu n'est pas assez spécifique.
2. Comment Laurent a-t-il testé son idée avant de lancer AgriLearn ?
Après son départ du salariat en 2014, il s'est mis à son compte pour tester deux points : un sujet non visuel peut-il se mettre en vidéo, et les agriculteurs se formeront-ils en ligne ? Il a filmé un formateur en relations humaines devant un drap vert, par essai-erreur. Un réseau de magasins de producteurs a ensuite testé une formule mixte, avec un bilan fin 2016.
3. Pourquoi filmer sur fond vert et découper les formations en petites vidéos ?
Laurent veut préserver le non-verbal pour capter l'attention, car on regarde souvent les vidéos en mode divertissement. Il filme donc l'expert sur fond vert et l'incruste dans son diaporama. Il découpe les contenus en vidéos souvent proches de cinq minutes, pour éviter l'indigestion. Chacun peut ainsi faire des pauses, revoir ou accélérer selon son rythme.
4. Comment AgriLearn s'est-elle financée et développée ?
Laurent a refusé une opportunité de levée de fonds, craignant d'être dilué au capital et de perdre la maîtrise de son projet. L'entreprise s'est développée avec des amis, des fonds propres et la banque, avec des embauches progressives. Il privilégie des personnes de confiance, si possible meilleures que lui. Ils sont aujourd'hui sept associés, dont trois à temps plein.
5. Pourquoi le suivi humain compte-t-il autant dans un e-learning ?
Selon Laurent, la formation à distance perd vite l'attention des gens, il faut donc des relances et un contact humain. Chez AgriLearn, Fanny peut répondre aux questions, aider à se connecter ou appeler ceux qui n'ont pas avancé. Il ajoute que comprendre ne suffit pas : la mise en pratique passe aussi par des temps en direct avec un expert.