Épisode · 2 août 2024

Laurent Jury nous parle base de connaissance, le second cerveau du SAV

23 - Laurent Jury nous parle base de connaissance, le second cerveau du SAV Laurent travaille chez Axess qui développe des solutions logicielles et notamment des outils pour le SAV On parle de base...

Résumé en 30 secondes

  • Laurent Jury (Axess) présente la base de connaissances comme un portail qui centralise les informations d'un produit et recueille les retours des utilisateurs.
  • Face à la crainte de perdre la relation humaine, il répond que la rapidité de réponse devient décisive pour la satisfaction client.
  • Un produit qui évolue sans formation préalable des installateurs peut ruiner le SAV, comme dans l'exemple d'un fabricant de climatisation raconté dans l'épisode.

Laurent Jury, qui travaille chez Axess, est l'invité de cet épisode de « Des Gens Des Tracteurs » consacré au service après-vente et à la base de connaissances, que Yoann Fond décrit comme le second cerveau du SAV. Contacté via LinkedIn après un post sur le SAV, Laurent explique ce que ces outils changent pour les fabricants, les techniciens et leurs clients.

Axess, entre vues éclatées et plateforme SAV

Le nom d'Axess vient de la notion d'axe, celle des vues éclatées de pièces détachées. L'entreprise a démarré il y a 20 ans dans la documentation technique, avant de digitaliser notices et catalogues. Aujourd'hui, elle compte 300 personnes et intervient aussi dans la formation.

Laurent, directeur de clientèle, décrit Spelog : une plateforme web qui sert d'interface entre le fabricant, son réseau de concessionnaires et l'utilisateur final. On y gère les demandes de garantie, les réclamations, les commandes de pièces, le suivi des interventions et la base de connaissances.

Un exemple concret : le technicien termine sa réparation, remplit son rapport d'intervention et le fait signer au client. Deux ans plus tard, quand la machine revient en révision, le concessionnaire retrouve l'historique avec le numéro de série.

« Tu coupes la relation humaine » : vraie crainte ou faux débat ?

Yoann raconte qu'un concessionnaire agricole lui oppose cet argument quand il propose des vidéos tuto. Laurent l'avait encore entendu trois jours plus tôt. Sa réponse : l'humain reste essentiel, mais tout s'accélère. Aucune équipe ne peut répondre 24 h sur 24, 7 jours sur 7, en plusieurs langues et en présentiel.

Son exemple : un paysagiste déballe sa débroussailleuse le samedi après-midi, avec un client à 14 h. Il préférera une photo ou un tuto à un énorme éclaté. Laurent invite donc à ne pas craindre de donner l'information : plus on aide les clients, plus ils pensent à vous.

Yoann ajoute l'exemple d'Amazon, où l'on ne voit jamais un commercial, mais où l'on revient parce que les frictions sont réduites. Laurent rapporte une phrase entendue un jour, qui l'a fait réfléchir :

Ce n'est plus la proximité, c'est la rapidité.

Quand un produit plus malin met le support à genoux

L'un des passages les plus marquants concerne un fabricant de climatisation. Son nouveau modèle, plus connecté, demandait de brancher le bus de données autrement. Les installateurs ont branché comme avant, et le support a été submergé d'appels.

La notice de 200 pages existait, mais personne ne l'avait lue à ce niveau de détail. En urgence, le fabricant a fait réaliser des feuilles A3 très simples, avec des fils de couleur, diffusées aussi en PDF. Pour Laurent, un succès commercial peut se transformer en retour de bâton quand le SAV n'a pas été préparé. Yoann reconnaît ce scénario, vu dans une autre vie avec des produits lancés avant que les techniciens soient formés.

Ce que change vraiment une base de connaissances

Un seul endroit plutôt que dix

Trop souvent, le marketing, la formation, le SAV et la documentation technique ont chacun leur outil. Le technicien doit alors fouiller plusieurs portails. L'idée de Laurent : raisonner autour du produit, et réunir notice, pièces détachées, tutos et brochures au même endroit.

Des retours pour décider

La base de connaissances ne se limite pas à classer des fichiers. Elle recueille des avis, des commentaires et des consultations. Laurent cite un document vu 525 fois depuis le début de l'année, et une notice de 200 pages qui coûte facilement 15 000 euros à produire. Les techniciens peuvent aussi s'échanger des astuces, qu'un gestionnaire rend ensuite visibles pour tous.

Autres fonctions évoquées : les arbres de diagnostic, qui guident pas à pas vers la panne, et l'affichage du stock dans le véhicule du technicien depuis la vue éclatée. Laurent mentionne aussi des alertes quand un même numéro de série revient trop souvent.

Une langue qui ne ruine pas le budget

Laurent cite un client monté jusqu'à 38 langues, et un autre pour qui traduire les libellés de pièces coûtait environ 20 000 euros par langue. Son conseil : s'appuyer sur le visuel et laisser chaque utilisateur choisir ses préférences de langue. Yoann rappelle, côté vidéo, que 90 % d'un tuto se comprend sans voix off.

QR codes, papier et 2027

Techniquement, un QR code peut ouvrir directement la page d'un produit sans connexion. Laurent regrette pourtant qu'il soit peu utilisé. Selon lui, une évolution de la directive machine en 2027 pourrait réduire l'obligation de papier, à condition de garder la notice accessible en ligne pendant dix ans. Yoann évoque pour sa part des règles déjà applicables dans le matériel agricole, d'après une interview de Christophe Tissier.

À écouter jusqu'au bout

L'épisode se termine sur une bande dessinée recommandée par Laurent, « J'ai mal à mon SAV », et sur une idée de prochain invité. Yoann conclut qu'une partie de la relation humaine disparaît, mais seulement celle qui n'apportait rien. Pour comprendre pourquoi le SAV mérite plus d'attention, écoutez l'épisode complet.

Les temps forts de l’épisode

  1. 00:02 : Présentation de Laurent Jury et du sujet du SAV
  2. 16:30 : L'objection : les outils numériques coupent-ils la relation humaine ?
  3. 21:13 : L'exemple d'Amazon et la réduction des frictions
  4. 32:36 : Le fabricant de climatisation dont le support est débordé
  5. 36:27 : Définition de la base de connaissances
  6. 55:25 : QR codes, notices papier et évolution réglementaire
  7. 1:03:11 : Les arbres de diagnostic pour guider le technicien

1. Qu'est-ce qu'une base de connaissances selon Laurent Jury ?

C'est un portail qui centralise toutes les informations autour d'un produit : notice dans la bonne langue, pièces détachées, consommables, tutos et brochures marketing. Laurent insiste sur deux apports : centraliser pour éviter de chercher dans dix outils, et rendre l'ensemble interactif grâce aux retours de satisfaction, aux commentaires et au suivi des consultations.

2. Que répond Laurent à un concessionnaire qui craint de perdre la relation humaine ?

Il estime qu'il faut garder le contact humain, mais que tout s'accélère. Une équipe ne peut pas répondre en permanence, en plusieurs langues et en présentiel. Un paysagiste pressé préfère souvent une photo ou un tuto. Il ajoute qu'il ne faut pas craindre de partager l'information : plus on aide les clients, plus ils pensent à vous.

3. Que montre l'exemple du fabricant de climatisation ?

Un nouveau modèle plus connecté exigeait un branchement différent du bus de données. Les installateurs ont branché comme avant, faute de formation, et le support a été submergé d'appels. Le fabricant a dû produire en urgence des feuilles A3 simples, avec des fils de couleur. L'épisode illustre qu'un succès commercial peut se retourner contre le produit si le SAV n'est pas préparé.

4. Pourquoi la traduction pose-t-elle problème dans la documentation technique ?

Les coûts montent très vite. Laurent cite un client allé jusqu'à 38 langues, pour lequel on n'ose plus modifier une phrase, et un autre pour qui traduire les libellés de pièces coûtait environ 20 000 euros par langue. Il recommande de s'appuyer davantage sur le visuel et de laisser chaque utilisateur choisir ses langues préférées dans la base de connaissances.

5. Quel rôle peuvent jouer les QR codes dans l'accès aux notices ?

Un QR code peut ouvrir directement la page d'un produit dans la base de connaissances, sans connexion. Laurent trouve pourtant qu'il est encore trop peu utilisé. Il évoque une évolution en 2027 de la directive machine, qui pourrait réduire l'obligation de papier si la notice reste accessible en ligne dix ans. Yoann cite une règle déjà applicable dans l'agricole.

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