Épisode · 26 avril 2024

Christophe Tissier travaille au CEMA syndicat européen des constructeurs de machines agricoles

16 - Christophe Tissier travaille au CEMA syndicat européen des constructeurs de machines agricoles Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

Résumé en 30 secondes

  • Christophe, technical advisor au CEMA, défend auprès des institutions européennes les positions des fabricants de tracteurs et de machines agricoles lors de l'élaboration des réglementations.
  • Le règlement machine, publié en juin, rend possibles les notices numériques pour les machines, applicable à partir du 20 janvier 2027 ; les tracteurs ne sont pas concernés.
  • Intelligence artificielle, PFAS, données, cybersécurité : plus d'une vingtaine de sujets à suivre à deux au niveau technique, avec un exemple concret pour convaincre.

Dans cet épisode de « Des Gens Des Tracteurs », Yoann Fond reçoit Christophe, technical advisor au CEMA, une organisation européenne qui défend les intérêts des fabricants de machinisme agricole et de tracteurs. Sa mission : faire valoir leurs positions auprès des institutions européennes et s'assurer que les réglementations soient réellement applicables.

Un parcours né de la normalisation

Ingénieur formé en mécanique énergétique, Christophe se destinait plutôt à la simulation et aux crash tests. Son premier poste l'a mené vers la normalisation et la sécurité des machines agricoles, où il dit être « tombé dans la marmite ». Il a ensuite rejoint le service homologation tracteur de Massey Ferguson en 2009, pour dix ans.

Ce passé lui sert aujourd'hui : il a vécu de l'intérieur ce que représente la validation d'un tracteur, du freinage à la structure de protection contre le retournement, en passant par l'éclairage.

Norme, réglementation, réception de type : de quoi parle-t-on ?

Christophe explique simplement la différence entre une norme, généralement non obligatoire, et une réglementation qui s'impose. Il détaille aussi la réception de type : un tracteur est caractérisé par une codification, validé par des essais, puis les machines de production portent le numéro de réception sur leur plaque.

Ce dossier sert de référence si un accident survient. On vérifie alors si ce qui a été présenté était correct, et si la production reste conforme au prototype.

Le lobby, vu de l'intérieur

Christophe assume le mot. Pour lui, il y a du lobby dans toutes les négociations. Le CEMA travaille avec des organisations nationales, qui nomment des fabricants pour définir des positions communes.

Ce n'est pas parce qu'une réglementation est publiée qu'elle doit s'appliquer le lendemain.

Il décrit aussi le chemin d'un texte, de la Commission au Parlement et au Conseil, jusqu'au trilogue. Et il insiste sur l'intérêt d'être proactif : arriver le premier avec une proposition donne plus de chances d'être entendu que de contester après coup.

Faire comprendre un tracteur à des non-spécialistes

L'un des passages les plus parlants concerne la Commission européenne. L'unité qui gère les tracteurs s'occupe aussi de tout le parc automobile, avec peu de personnes et souvent peu de connaissance des véhicules agricoles. Résultat : ce qui a été appliqué à l'automobile peut être transposé, même quand ce n'est pas adapté.

L'exemple de l'éclairage des véhicules dits exceptionnels, au-delà de 2,55 mètres de large, montre pourquoi il faut parfois sortir une figure. Christophe rêve même de déplacer des équipements jusqu'au Parlement européen, pour montrer un secteur qui innove sans attendre d'être réglementé.

Une activité de marathon

Au quotidien, Christophe enchaîne les réunions et les groupes de travail : remorques, véhicules exceptionnels, éclairage, réceptions de type. Les sujets s'accumulent : intelligence artificielle, échanges de données, cybersécurité, et même les PFAS, présents dans des caoutchoucs, des revêtements ou des graisses, sans alternative technique selon lui.

Il explique aussi la lenteur du processus avec la révision de la directive machine : proposition en avril 2021, publication en juin. Entre-temps, il a fallu réagir à plusieurs versions intermédiaires.

IA, responsabilité et confidentialité

L'épisode devient plus brûlant quand l'intelligence artificielle arrive. Christophe s'inquiète d'exigences de validation si lourdes que les fabricants hésiteraient à intégrer ces systèmes, notamment dans les machines autonomes. Il évoque aussi l'inversion de la charge de la preuve : ce serait au fabricant de démontrer que son algorithme était bien pensé.

Il se demande également quels organismes tiers ont aujourd'hui les compétences pour valider de l'IA, et ce que deviennent les informations confidentielles transmises aux autorités. Il avoue davantage de questions que de réponses.

Des conseils concrets pour convaincre

Ses conseils tiennent en peu de mots : être patient, écouter, et privilégier un argument clé accompagné d'un exemple concret. Face à des interlocuteurs qui mêlent techniciens et juristes, il préfère faire visualiser le problème plutôt qu'empiler les arguments. Il nuance aussi la force de la vidéo : sans contexte, chacun peut l'interpréter à sa façon.

Le manuel d'utilisation va-t-il passer au numérique ?

Dernier gros sujet : les notices. Le règlement machine, publié en juin, permet de les fournir sous forme électronique, avec une version papier sur demande du client. Il s'applique à partir du 20 janvier 2027, et l'industrie demande de pouvoir anticiper. Les tracteurs, eux, relèvent d'un autre cadre réglementaire, et Christophe n'attend pas de discussions techniques avant la fin de l'année suivante.

Pour entendre les anecdotes de Christophe, ses mentors et ses explications sans jargon, écoutez l'épisode complet.

Les temps forts de l’épisode

  1. 00:23 : Christophe présente son métier et son parcours
  2. 02:16 : Qu'est-ce que la normalisation ?
  3. 12:52 : Commission, Parlement, Conseil : où intervenir ?
  4. 15:36 : Pourquoi les tracteurs sont mal compris à la Commission
  5. 23:45 : Les PFAS et la création d'un groupe de travail
  6. 29:09 : La réception de type expliquée
  7. 1:01:36 : Notices numériques et règlement machine

1. Qu'est-ce que le CEMA et que fait Christophe ?

Le CEMA est une organisation européenne qui défend les intérêts des fabricants de machinisme agricole et de tracteurs. Christophe, technical advisor, y prépare des positions avec des fabricants nommés par les organisations nationales, pour les faire valoir auprès des institutions européennes pendant l'élaboration des réglementations. Il décrit aussi le CEMA comme un syndicat européen, qui travaille avec des syndicats nationaux.

2. Quelle différence Christophe fait-il entre norme et réglementation ?

La normalisation produit un texte, généralement d'application non obligatoire, mis en commun entre industriels, pouvoirs publics et laboratoires d'essai : le fabricant choisit de l'utiliser ou non. La réglementation, elle, doit être appliquée. Pour les tracteurs, la réglementation européenne fixe des exigences techniques que le fabricant doit faire valider par un organisme externe, par exemple le freinage ou la structure de protection contre le retournement.

3. Pourquoi est-il difficile de défendre les spécificités des tracteurs auprès de la Commission européenne ?

Selon Christophe, l'unité de la Commission qui gère les tracteurs s'occupe aussi de tout le parc automobile. Les tracteurs pèsent peu en ratio de production, peu de personnes y travaillent, souvent issues de l'automobile. Elles peuvent vouloir appliquer ce qui existe pour les véhicules routiers, ce qui est parfois « complètement idiot ». Montrer une figure, ou idéalement la machine, aide à faire comprendre.

4. Qu'est-ce qu'une réception de type pour un tracteur ?

C'est la caractérisation d'un type de tracteur par une codification, associant par exemple moteur, transmission et variantes comme la cabine. Une fois les essais validés, un numéro de réception est attribué et figure sur la plaque des tracteurs de production destinés à l'Europe. Cela évite de multiplier les validations et sert de référence en cas d'accident pour vérifier ce qui a été fait.

5. Que change le règlement machine pour les notices d'utilisation ?

Le règlement machine, publié en juin, rend possible la fourniture des notices sous forme électronique, à partir du 20 janvier 2027. Si le client demande une version papier, il faut la lui fournir, dans un délai que Christophe pense être de six mois. Pour certaines machines grand public, comme le jardinage, un petit guide papier des étapes de sécurité reste nécessaire. Les tracteurs ne sont pas concernés.

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